Les Ciné-dialogues Afrique reviennent à l'Humathèque
Les Ciné-dialogues Afrique reviennent à l'Humathèque pour une seconde édition. Huit séances autour du thème : "L’art de la résistance : représenter autrement". Rendez-vous un mardi par mois, de novembre 2025 à juin 2026, à 17h30, dans l’Auditorium de l’Humathèque Condorcet.
Les Ciné-dialogues Afrique
Les Ciné-dialogues Afrique invitent à découvrir ou à redécouvrir, en version restaurée, des films réalisés par des cinéastes du continent africain qui proposent des regards depuis l’Afrique, en rupture avec les représentations dominantes et les fantasmes habituellement projetés sur ce continent.
Les projections, gratuites et ouvertes à toutes et à tous, sont suivies de dialogues avec les réalisateurs et les réalisatrices autour de leurs films (quand cela est possible) ou avec d’autres professionnels du cinéma ayant participé à la réalisation des films en question ou ayant une connaissance profonde de ces films. Les dialogues se déroulent en deux temps : le premier en forme d’entretien, le deuxième en forme de débat avec le public. Ils sont animés par Anna Bruzzone (chercheure affiliée à l’IMAf), historienne travaillant sur les articulations entre historicité, esthétique du cinéma et politique en Afrique post-coloniale.
Conçus comme un espace de découverte, de réflexion et d’échange, les Ciné-dialogues Afrique mêlent la pratique du séminaire académique et celle du ciné-débat tout en dépassant le cadre classique de ces pratiques, généralement confinées dans des domaines distincts.
La spécificité des Ciné-dialogues Afrique consiste à faire dialoguer la recherche et la création cinématographique autrement que par le cinéma ethnographique, l’anthropologie visuelle ou les films de chercheurs. Les Ciné-dialogues Afrique ont comme objet d’analyse le cinéma en tant que forme d’expression artistique, ayant son propre langage, fait de temps, d’images, de sons, de paroles et de gestes, et ses propres modes de représentation, plutôt que le film en tant qu’enregistrement ou reflet d’une réalité donnée. Ce qui est analysé et discuté, c’est le cinéma en tant que pensée sensible, plutôt que le film en tant que document.
Les Ciné-dialogues Afrique proposent une approche transdisciplinaire, joignant mise en perspective historique et analyse filmique, et transversale, visant à supprimer la hiérarchie entre le discours qui explique (le discours savant) et celui qui est expliqué (le discours cinématographique) au profit d’une réflexion commune qui traverse les frontières entre les disciplines.
Les Ciné-dialogues Afrique ont pour objectif de prendre les cinématographies du continent africain au sérieux en tant qu’expressions de l’art cinématographique, au même titre que tous les autres cinémas du monde. Afin de porter un regard nouveau sur ces cinématographies, en rupture avec l’impensé colonial des sciences humaines et sociales, les Ciné-dialogues Afrique refusent de thématiser les cinémas d’Afrique comme des objets culturels africains plutôt que comme des manières de faire du cinéma. En d’autres termes, ils résistent à la tendance qui consiste à objectiver les cinématographies africaines en tant que productions culturelles sui generis assignées à une place à part, "autre", dans le cinéma mondial.
En résumé, les Ciné-dialogues Afrique visent à mettre en valeur différents regards cinématographiques qui sont autant de manières de voir et de penser, qui interrogent non seulement des contextes africains mais aussi, plus largement, le rapport à soi et à la société et qui nous invitent à penser l’Afrique, le monde et le cinéma autrement.
L’édition 2025-2026
Un parcours en huit films reliés par deux questions imbriquées l’une dans l’autre : Qu’est-ce que "résister" ? Comment le cinéma résiste-t-il ? Ces questions seront creusées, développées et élargies à mesure des séances de projection et des entretiens-débats qui les suivront.
Huit films, aussi bien des fictions que des documentaires, issus de six pays, du Sénégal au Lesotho en passant par l’Algérie, le Maroc, la Côte d’Ivoire et l’Égypte, transcendant les frontières entre Afrique subsaharienne ou Afrique noire et Maghreb, entre pays francophones et anglophones, et couvrant un demi-siècle de cinéma, de 1973 à 2024.
Au cœur de cette nouvelle édition, des manières de faire du cinéma qui incarnent un certain art de la résistance. Une pratique de la résistance conçue non pas comme réaction, riposte, miroir inversé de la domination (postcoloniale, politique, économique ou patriarcale) dans lequel le sujet dominé se voit dans le regard du dominant et reste finalement prisonnier de ce regard en devenant son reflet oppositionnel, mais plutôt comme un pas de côté, en rupture avec qui est reconnu comme "normal" et voulu comme conformité. Ce pas de côté va plus loin que la réaction car son propos dépasse le constat et l’indignation face aux injustices vécues : il sort du champ de forces de la domination en travaillant le rapport entre sens (domaine du sensible) et sens (construction de la signification).
Cet art de la résistance s’attaque aux problèmes de la représentation et de la relation avec ce qui est représenté, c’est-à-dire aux moyens par lesquels la représentation est traitée et parvient à incarner cette relation, pour remettre en question ce qu’il est possible de percevoir et de penser. En renouvelant les articulations du sensible et du pensable, le cinéma ne cherche pas à donner des leçons mais plutôt à désaxer le regard du spectateur et à soulever des questions : comment voir et penser autrement ? Comment être autrement ?
La résistance ne se situe pas seulement sur le plan des sujets traités mais aussi, et surtout, sur celui des choix esthétiques et de mise en scène mis en œuvre pour représenter ces sujets et sur le plan des solutions élaborées pour faire avec des moyens financiers limités. En ce sens, les films de la nouvelle saison des Ciné-dialogues Afrique cherchent de différentes manières à faire le "véritable saut" – dont parle Frantz Fanon dans Peau noire, masques blancs – qui "consiste à introduire l’invention dans l’existence".
(Texte d’Anna Bruzzone, chercheure affiliée à l’Institut des mondes africains – IMAf / UMR 8171)
Organisation
Les Ciné-dialogues Afrique sont organisés par Anna Bruzzone (Anna.Bruzzone@univ-paris1.fr), chercheure affiliée à l’Institut des mondes africains (IMAf – UMR 8171), en partenariat avec l’Humathèque Condorcet, avec le soutien de l’Institut des mondes africains (IMAf), de la Cinémathèque Afrique de l’Institut français et de l’Institut français d’Afrique du Sud (IFAS-Recherche).
Diffusion
Les enregistrements vidéo des entretiens avec les invité.e.s qui suivront les projections seront rendus disponibles en libre accès sur les chaînes YouTube et Canal-U des Ciné-dialogues Afrique.
Programme 2025-2026
Un parcours en huit films reliés par deux questions imbriquées l’une dans l’autre : Qu’est-ce que "résister"? Comment le cinéma résiste-t-il ? Ces questions seront creusées, développées et élargies à mesure des séances de projection et des entretiens-débats qui les suivront.
18 novembre 2025 :
Touki Bouki (85 mn, version restaurée) de Djibril Diop Mambéty (1973) | Sénégal.
Invités : Vincent Malausa, critique aux Cahiers du cinéma ; Teemour Diop Mambéty, acteur, rappeur, fils de Djibril Diop Mambéty (sous réserve de confirmation).
2 décembre 2025 :
Omar Gatlato (90 mn) de Merzak Allouache (1976) | Algérie.
Invité : Merzak Allouache, réalisateur (sous réserve de confirmation).
20 janvier 2026 :
Transes (87 mn, version restaurée) de Ahmed El Maanouni (1981) | Maroc, France.
Invités : Izza Génini, productrice ; Ahmed El Maanouni, réalisateur (sous réserve de confirmation).
17 février 2026 :
Visages de femmes (100 mn, version restaurée) de Désiré Ecaré (1986) | Côte d’Ivoire.
Invité : Sidiki Bakaba, acteur.
24 mars 2026 :
Le Djassa a pris feu (70 mn) de Lonesome Solo (2012) | Côte d’Ivoire, France.
Invités : Delphine Jaquet, monteuse ; Philippe Lacôte, producteur, réalisateur (sous réserve de confirmation).
14 avril 2026 :
Une Fenêtre ouverte (52 mn) de Khady Sylla (2005) | Sénégal, France.
Invitée : Sophie Salbot, productrice.
26 mai 2026 :
Les Filles du Nil (102 mn) de Nada Riyadh et Ayman El Amir (2024) | Egypte, France, Danemark, Qatar, Arabie saoudite.
Invités : Nada Riyadh, réalisatrice ; Ayman El Amir, réalisateur.
16 juin 2026 :
L’Indomptable feu du printemps (120 mn) de Lemohang Jeremiah Mosese (2019) | Lesotho, Afrique du Sud, Italie.
Invités : Lemohang Jeremiah Mosese, réalisateur (sous réserve de confirmation) ; Annael Le Poullennec, Directrice de l’IFAS-Recherche, spécialiste du cinéma sud-africain contemporain.
Les films du cycle 25-26 : L’art de la résistance : représenter autrement
Voir aussi